Un prêtre cominois à Hong Kong

 

Patrick Masschelein est missionnaire à Hong Kong depuis 43 ans. Il y est devenu aussi chinois que belge

Patrick Masschelein fut un enfant de Comines. Fut, car après 43 ans passés à Hong Kong, il est presque devenu plus chinois que belge. Le missionnaire parle le cantonais, lit et écrit en idéogrammes et mange avec des baguettes. Rencontre.

C’est un septuagénaire plein de dynamisme et d’humilité qui nous reçoit à Comines, au cours de l’un de ses « homecomings ». Il est rentré pour voir sa mère nonagénaire. Ses visites sont plus fréquentes, à la faveur de tarifs aériens plus avantageux et d’un besoin plus impérieux de prendre soin de cette dame qui l’a mis au monde.
Désormais, Patrick passe par Comines tous les deux ans. Jadis, c’était tous les cinq ans, voire moins souvent. Car cet homme est arrivé à Hong Kong en 1974. Presque par hasard.

« Mon idéal, se souvient-il, c’était d’être prêtre missionnaire au service de l’Église catholique.
Je suis rentré dans une congrégation à Jambe pour me préparer à cette mission. Mes supérieurs voulaient savoir où je voulais aller.
Alors je leur ai dit en Asie.
On m’a proposé Hong Kong. Je n’en avais jamais entendu parler…»
Pourtant, le jeune homme qu’il est alors se lance à fond dans l’aventure, qui demande beaucoup de courage et d’abnégation.
Tout commence par un gros effort linguistique. Personne ne parle le français à Hong Kong. Alors Patrick part d’abord à Dublin, en Irlande, pour suivre des cours d’anglais intensifs pendant environ 8 mois. « C’était une école d’anglais pour étrangers », explique celui qui, de surcroît, était placé en famille d’accueil en immersion totale. Une fois gagné ce premier bagage, le voilà parti à l’autre bout du monde, afin d’apprendre le cantonais… dans la langue de Shakespeare.

DEUX ANS D’APPRENTISSAGE

« J’ai voyagé vers l’inconnu. Je ne savais pas à quoi m’attendre et j’ai reçu un très bon accueil des confrères là-bas, se souvient le religieux. Je suis arrivé un vendredi soir et dès le lundi matin, je prenais mon premier cours de chinois. » Mais l’accent irlandais
n’a rien à voir avec celui de ses nouveaux compatriotes. Il lui faut s’adapter, aiguiser sa compréhension. Patrick passe deux
ans dans son école de langue internationale, où se mêlent différents publics, des hommes d’affaires au personnel diplomatique
en passant par les officiers de police, provenant des quatre coins du monde. « Parce que parler chinois, c’est déjà difficile
mais l’écrire, c’est encore autre chose. L’écriture chinoise ne ressemble à rien que l’on connaisse en Occident. »
Le jeune Belge est ensuite nommé vicaire dans une paroisse en ville, et après seulement quelques mois, curé à Hong Kong.

Rétrospectivement, Patrick admet qu’il n’était pas encore, à ce moment-là, tout à fait prêt pour ce nouveau titre.
Mais il va apprendre sur le tas, aidé par la bienveillance de gens « très gentils et serviables et sensibles à nos efforts d’apprentissage de leur langue ».

Maintenant que Patrick a 70 ans, beaucoup de personnes lui demandent où il compte finir sa vie. « Je ne sais pas quoi répondre », admet-il. Mais aussi longtemps qu’il sera en bonne santé il continuera son travail.
« Et je prendrai une décision le moment venu. »

De plus en plus de catholiques

L’église catholique se porte bien à Hong Kong. Si la population ne compte que 2 % de catholiques et 3 % de protestants, la
proportion des premiers ne cesse d’augmenter, tandis que les religions traditionnelles, notamment le bouddhisme, baissent beaucoup.
« Les grands temples bouddhistes sont de plus en plus vides et nos églises sont devenues trop petites, mais je ne saurais pas vous dire pourquoi », décrit Patrick Masschelein, qui baptise 80 adultes chaque année. Un chiffre à faire s’ouvrir tout grands les yeux de nos prêtres belges. Le missionnaire donne toutefois un début d’explication : la majorité des habitants de Hong Kong ne sont
pas religieux. « Le dieu le plus adoré, là-bas, c’est l’argent », selon lui. L’île est en effet très riche.
Mais toute fastueuse la vie y soit elle, beaucoup de personnes souffrent d’un certain sentiment de vacuité. Un manque de sens les obsède, qui peut trouver une réponse dans le catholicisme.
Cela pourrait donc expliquer, au moins partiellement, les nombreuses conversions, notamment d’adultes

MEGHANN MARSOTTO