Marie à tout prix, sans culpabilité III

C'est sans doute de ma faute

Aujourd’hui Marie est installée (enfin, on lui a trouvé quelque part une petite place pour la caser).

La douceur, l’attention et la tendresse qu’on lui avait accordées jusqu’à aujourd’hui s’éloignent peu à peu.  Les nouveaux parents la montrent, l’exposent, font savoir qu’elle est là. Famille, voisins et amis sont rassurés.  La famille semble normale.  Normale …. c’est seulement à l’extérieur qu’elle l’est.  La petite fille comprend désormais pourquoi cette maison est si grande.  En réalité, les grands-parents utilisent le bas et une partie du 1er étage pour les chambres.  Les parents eux, disposent de la seconde partie du 1er étage et ont le 2ème pour les chambres et la fameuse  »buanderie ».  Ce second étage traumatisera constamment la petite Marie.  Il est composé de 2 chambres, grandes, très grandes, froides, très froides.La 3ème pièce est destinée à placer la machine à  laver ainsi que les mannes à linge.  Elle dispose d’une fenêtre d’où l’on peut voir l’entrée de Bruxelles… la sortie également.  Marie y passera de très longs moments à rêver, rêver qu’elle puisse un jour retrouver ce papa qu’elle a tant aimé.  Sur le palier se trouve également une pièce isolée, personne n’y va, et personne non plus n’a montré à Marie ce qu’elle contenait.

Bien que la petite fille ait 2 soeurs, elle s’étonne de n’en voir régulièrement qu’une seule.  Son aînée de 11 mois, fine, presque frêle, brune aux très longs cheveux vit en réalité au rez-de-chaussée avec les grands-parents.  Elle est rarement la bienvenue au 1er et lorsqu’elle ose s’aventurer, Marie sent bien qu’elle n’est pas la bienvenue.  L’aînée ne reste d’ailleurs jamais bien longtemps et on l’a souvent vue redescendre en pleurant, victime des railleries de ces fameux parents et de la plus jeune soeur de Marie.  Difficile pour cette enfant de comprendre le fonctionnement de ce foyer…

Marie deviendra très vite la bonne à tout faire. Ménage, rangement de ces immenses chambres dans lesquelles elle grelotte, etc etc.  Elle obéit, obtempère sans broncher. Sans broncher …. jamais elle n’oserait faire la moindre réflexion.  Sa  »mère » a la main très légère, le verbe railleur, le regard … froid, condescendant, remplit d’animosité et d’aversion.  Le  »père »  lui, ne pose jamais la main sur Marie mais reste insensible (sans doute trop amoureux de sa jeune femme) et ne vient jamais défendre sa petite.  Il est pourtant conscient de ce qui se passe.  Marie est pratiquement toujours consignée dans son énorme chambre, là où elle grelotte de froid.  Le  »père », vient parfois lui donner à manger en cachette.  Il est chauffeur dans une firme de produits laitiers.  Il lui amène du  »Boursin » que la petite dévore sans se poser de question.  Les crampes, quand on a faim, font mal, très mal….  Quand on a soif, la bouche commence par devenir sèche, la douleur s’étend jusqu’à la gorge et… il arrive un moment où l’on n’arrive même plus à articuler comme si l’intérieur de la gorge se séchait tellement qu’il lui devient impossible de devenir mobile.

Quand on a faim, quand on a soif … l’instinct de survie est plus fort que tout. Et bien que Marie ne soit plus en mesure de relater les évènements dans une chronologie correcte, elle n’a vécu chez ces fameux  »parents » que 4 ans, donc de l’âge de 6 à 10 ans.  C’est donc toute petite qu’elle dut trouver des ruses pour pouvoir manger et boire.  Elle avait remarqué qu’un plombier était passé chez eux quelques temps auparavant parce que la machine à laver de la buanderie coulait.  Le monsieur avait fait son travail et était reparti.  Marie elle, avait observé le plombier et avait repéré que ce dernier avait tourné un boulon qui reliait la machine à l’arrivée d’eau pendant la réparation.  Son petit esprit en conclut que si le monsieur avait réussi à couper l’eau, le phénomène pouvait s’inverser.  Gagné !! Il était possible de boire à sa soif en s’abreuvant immédiatement au robinet.  La tâche ne fut pas toujours aisée et il fallu beaucoup d’imagination, de patience, de force et de ruse à la petite fille pour tourner ce fameux boulon (il était fort ce plombier).

Il était aujourd’hui possible pour Marie de boire et plus encore, comme on lui interdisait de se laver, elle se servit de linge (sale mais du linge) comme gant de toilette et arriva, tant bien que mal, à avoir une hygiène minimale.

Aujourd’hui Marie peut boire, demain elle mangera….

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