Il y a un an………je me souviens

(Article remis en ligne suite effacement)

Il y presque un an, le matin du 26 octobre2009, je me lève vers 07h45 et j’apprends, vingt minutes plus tard, qu’un  enfant a disparu depuis quelques heures.  Notre hameau, ce petit coin méconnu par bien des belges et plus habitué aux festivités, au rire et à la bonne humeur devient subitement  le théâtre d’un drame que personne n’oublie. Une telle tragédie qui se passe près de chez vous, non loin de votre habitation, de celle d’un ami ou d’une connaissance devient  cauchemardesque.  En quelques heures, la vie se fige au Bizet. La peur est palpable dès les premières heures de la disparition du petit garçon.

Younes…. Younes,  les gens hèlent  son prénom dans les rues, dans les champs, près des étangs, dans les rues et partout où ils se rendent en groupe pour retrouver l’infortuné disparu.  Car, dès la connaissance des faits, ce sont des dizaines de personnes qui se regroupent pour partir à sa recherche. Un élan de solidarité naît spontanément et des personnes viennent de Ploegsteert, de Warneton de Comines mais aussi de France dans le but de retrouver ce bambin de 4 ans.

Il est difficile d’organiser de manière structurelle des recherches pour une personne disparue, apparemment suite à une fugue, une mauvaise rencontre ou simplement pour un enfant désorienté et perdu non loin de chez lui. Et avant même le déploiement des forces de l’ordre, la population parcoure des kilomètres dans tous les sens. Mais rien, on ne retrouve pas Younes et les questions sans réponses deviennent légion. Le temps est frais, on sait que Younes n’est que peu vêtu, on a froid pour lui, la population commence peu à peu à craindre que ce petit bonhomme soit en difficulté et le temps passe trop vite sans résultat. Revenu près de l’endroit où est domicilié Younes, on constate un dispositif policier hors du commun. De la bouche d’un CRS français, un vieux briscard, c’est incroyable d’avoir sur place tant d’hommes et tant de matériel à disposition dans un laps de temps si court. La suite est faite d’interrogations, de peurs, de découragements, de pensées obscures, mais aussi d’espoir. Et à cet espoir, la population s’y attachera encore et toujours les jours suivants. Aucun découragement n’est perceptible mais les chances de le retrouver vivant s’amenuisent, tout le monde en a conscience, peu le dise ouvertement. Jusqu’à ce terrible jour, peu avant  la mi-novembre, où le corps de Younes est repêché à la hauteur des écluses de Comines. C’est un coup de massue pour nous tous.  La fin d’un premier acte, la fin d’un espoir, mais aussi la fin d’une vie à peine commencée, un coup de poignard pour tout le monde.

QQOQCPC (Qui, Quoi, Où, Quand, Comment, Pourquoi, Combien) est une technique de questionnement pour le moins efficace qui vise à appréhender tous les aspects d’une question en vue de comprendre une situation. Voilà maintenant le commencement du deuxième acte, toujours inachevé à ce jour. Car à toutes ces questions, il n’y a aucune réponse définitive, aucune certitude, et ces 7 petites interrogations n’amènent que d’autres questions et une multitude de réponses dont probablement des vérités, mais aucune preuve tangible pour étayer celles-ci et chacun y va de sa propre théorie, avec son ou ses propres coupables. Il est plus que probable la chef d’enquête en sait bien plus que le simple quidam mais malheureusement elle ne peut pas faire de miracle. Sans aide intentionnelle ou non des personnes interrogées, sans révélation, sans preuve, c’est l’impasse.

Alors depuis des mois, on  s’interroge non seulement sur l’identité du ou des coupables, mais aussi sur le déroulement de l’enquête, sur ce que pense les uns et les autres, sur l’attitude de ceux-ci et on persiste à vouloir, non spécialement un nom, mais un visage du coupable de ce crime odieux pour enfin être libéré de cette obsession. Car pour beaucoup c’est un but avoué pour refermer s’il est possible de le faire, ce chapitre de notre vie, de l’histoire du Bizet. On se souvient encore de cette Rangée Dumez, où toutes les places étaient occupées par des véhicule de la presse, du va-et-vient incessant des journalistes qui squattaient tout le Bizet et allaient jusqu’à importuner les commerçants et les passants. La marche en hommage au petit Younes est aussi gravée dans nos mémoires pour le restant de notre vie.  Un immense cortège bien organisé, silencieux, un moment émouvant, un hommage fort pour un gamin qui ne demandait qu’à vivre, un gamin sans histoire, un gamin aimé, un gamin aimant que la mort est venu chercher  par le biais d’un être monstrueux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *